Lors de la 50e session du Congrès des pouvoirs locaux et régionaux, à Strasbourg, le 31 mars, Peter DRENTH (Pays-Bas R, PPE/CCE) a prononcé ce discours, dans le cadre du débat sur le rapport intitulé « Mise à l’écart ? Remettre l’enseignement de l’histoire régionale au premier plan »
Chers collègues,
Ce rapport se concentre sur l’histoire régionale et le rôle des collectivités territoriales dans son enseignement.
Le rapport souligne pourquoi l’enseignement de l’histoire régionale est important. Il rapproche le passé des apprenants, en les reliant à leurs communautés, à leur patrimoine culturel et à leur environnement commun. Alors que les récits nationaux et mondiaux fournissent un contexte essentiel, l’histoire régionale offre une perspective à échelle humaine, aidant les élèves à comprendre d’où ils viennent et comment leurs régions ont évolué. Cela est compris depuis longtemps par le Conseil de l’Europe, qui a défendu l’enseignement de l’histoire régionale dès ses débuts.
Bien sûr, cette approche doit être équilibrée : les récits régionaux ne doivent pas être faussés par des partis pris ou des préjugés. C’est pourquoi il est si important de relier l’histoire régionale aux droits de l’homme, à l’éducation civique et à la citoyenneté démocratique. Plutôt que d’éviter les sujets controversés ou incertains, nous devrions les utiliser pour développer l’esprit critique des élèves, en encourageant le recours à l’histoire orale, aux entretiens et aux archives locales. Bien mené, ce processus favorise la réflexion critique et la prise en compte de multiples perspectives, voire la réconciliation, en particulier dans les régions divisées ou historiquement contestées.
Le terme « régions » est compris au sens large — non seulement comme des entités infranationales officielles, mais aussi comme des régions transnationales ou culturelles qui partagent des points communs ethniques, linguistiques ou historiques au-delà des frontières actuelles. Cela inclut, par exemple, le peuple sami dans les pays nordiques, ou des régions historiques telles que la Thrace, qui faisait autrefois partie d’empires et est aujourd’hui divisée entre la Grèce, la Turquie et la Bulgarie.
Partout en Europe, on constate que l’histoire régionale est enseignée de manière plus approfondie dans les zones dotées d’une forte identité culturelle et dans les pays fédéraux ou décentralisés où les régions disposent de compétences en matière d’éducation. Par exemple, en Allemagne, les Länder, et en Belgique, les communautés linguistiques, élaborent leurs propres programmes scolaires. Les communautés autonomes espagnoles et les régions italiennes dotées d’un statut spécial intègrent leur histoire de manière flexible. Au Royaume-Uni, les administrations décentralisées, comme en Écosse, développent des programmes d’histoire distincts.
Même dans les États unitaires, les autorités régionales apportent leur contribution par le biais de la mise en œuvre et d’activités extrascolaires. Par exemple, des provinces néerlandaises comme la Gueldre, que je représente, soutiennent les musées et les institutions culturelles afin de promouvoir la commémoration et le patrimoine régionaux.
Il est toutefois vrai que ce rapport constate que les pays dotés de systèmes éducatifs centralisés sont plus enclins à exclure l’histoire régionale des programmes scolaires.
Cette éviction est en fait une caractéristique générale.
L’histoire régionale reste sous-représentée dans les programmes et les manuels scolaires à travers l’Europe. Les enseignants sont souvent confrontés à des programmes surchargés, à un manque de temps et de formation, à des ressources limitées et à des conseils insuffisants sur la manière d’enseigner l’histoire régionale de manière critique et créative.
L’accès aux sources primaires pose également des défis, et celles-ci restent sous-exploitées.
D’une manière générale, depuis que le Conseil de l’Europe a pour la première fois souligné l’importance de l’enseignement de l’histoire régionale, celle-ci a été reléguée au second plan par une tendance – parfois très délibérée – à se concentrer plutôt sur l’enseignement de l’histoire nationale, européenne et mondiale au sens large.
Que pouvons-nous donc faire pour améliorer cette situation et remettre l’enseignement de l’histoire régionale à l’ordre du jour ?
Dans les systèmes décentralisés, les autorités régionales peuvent user de leurs pouvoirs pour rendre les programmes scolaires plus ouverts et inclusifs, renforcer la formation des enseignants et aborder de manière constructive les histoires régionales sensibles ou traumatisantes.
Dans les systèmes centralisés, la coopération entre les autorités nationales et régionales est essentielle — pour reconnaître la valeur de l’histoire régionale, lui consacrer du temps dans les programmes scolaires, soutenir les activités extrascolaires et produire du matériel pédagogique de qualité.
Dans les deux cas, les responsables politiques régionaux peuvent militer en faveur de ce changement.
Au-delà de la salle de classe, les autorités régionales peuvent jouer un rôle clé en soutenant les musées, les archives, les universités et la société civile pour développer des projets éducatifs, des expositions et des archives numériques. Elles peuvent promouvoir des projets scolaires innovants, créer des prix et impliquer les élèves dans la recherche historique locale.
La coopération transrégionale et transfrontalière peut favoriser davantage la compréhension mutuelle, comme l’ont montré des exemples tels que l’initiative « Making Visegrad History Digital », qui numérise et interprète les récits historiques communs des pays du groupe de Visegrad — la Pologne, la Hongrie, la République tchèque et la Slovaquie.
Le projet de résolution invite les autorités locales et régionales à collaborer avec les autorités nationales et d’autres parties prenantes afin de garantir l’allocation de temps, d’espace et de ressources suffisants pour l’enseignement de l’histoire régionale dans les programmes scolaires. Il souligne, entre autres, la nécessité d’une bonne formation des enseignants, de supports pédagogiques accessibles, d’une coopération renforcée avec les institutions culturelles et d’une attention accrue portée à la diversité.
Le projet de recommandation invite les autorités nationales à reconnaître l’importance et le rôle complémentaire de l’histoire régionale aux côtés de l’histoire nationale, européenne et internationale au sens large, et à allouer suffisamment de temps, d’espace et de soutien à son enseignement. Il préconise en particulier une coopération internationale renforcée.
Je tiens à remercier l’expert, le Dr Angelos Palikidis, professeur de didactique de l’histoire originaire de Grèce, qui a contribué à la préparation de ce rapport, ainsi que l’Association européenne des enseignants d’histoire (Euroclio), la Division de l’enseignement de l’histoire du Conseil de l’Europe et l’Observatoire de l’enseignement de l’histoire en Europe pour leur soutien dans ce processus.
Il existe très peu de recherches sur ce sujet ; ce rapport ouvre donc véritablement de nouvelles perspectives et doit beaucoup à l’expertise collective et aux contributions de toutes les personnes impliquées. En l’approuvant, nous affirmons que l’enseignement de l’histoire régionale est essentiel pour bâtir des sociétés inclusives, démocratiques et culturellement riches — où la reconnaissance et l’étude des histoires régionales de l’Europe peuvent apaiser les divisions et renforcer nos communautés et notre continent aujourd’hui.
Je serais ravi de savoir si vous reconnaissez le problème décrit ici dans vos propres régions et pays, et si vous pensez que ces solutions pourraient profiter aux élèves – et à d’autres – que vous représentez.
Merci.






